Tendre MACHO
Ce jour de mai 2006, Samuel Drouin*, 21 ans, rentre tout excité de l’université. Ses amis l’ont invité à regarder « entre hommes » un match des séries de la Coupe Stanley. Mais aussitôt arrivé chez lui, un sentiment de culpabilité l’envahit. Il s’affaisse sur le canapé et fixe le téléphone durant de longues minutes avant d’appeler Sophie*, sa nouvelle copine. L’étudiant ne souffle mot de l’invitation et lui demande plutôt ce qu’elle aimerait faire. Résultat : ce soir-là, au lieu du match de hockey, Samuel a subi la dernière bluette de Julia Roberts. Sophie était ravie. Vraiment gentil ce garçon, pensait-elle. Tellement sympa qu’elle l’a plaqué quelques semaines plus tard ! « A l’époque, je n’ai pas compris, dit Samuel. Je faisais toujours tout pour elle. »
Samuel est ce que l’on appelle un « bon gars », un de ces hommes qui ont l’impression de toujours devoir faire plaisir aux autres. Selon la sexologue et psychothérapeute Geneviève Parent, qui a vu pas mal de ces spécimens défiler dans son cabinet, le cas de Samuel est plutôt classique.
« Il est le bon ami, le confident, dit-elle, mais il n’a pas le sex-appeal, l’assurance, la confiance, le grain de folie, qui charment tant les demoiselles. »
Contrairement à l’homme rose, qui ne rechigne pas à faire la vaisselle et à manier le fer à repasser sans rien abdiquer de sa masculinité, le chic type se refuse à afficher sa virilité. Geneviève Parent y voit un effet pervers du féminisme, qui aurait ébranlé l’image de l’homme tout-puissant.
« La mère féministe du « bon gars » lui a tellement dit qu’il fallait respecter la femme que beaucoup d’hommes deviennent confus face aux attentes de l’autre sexe, note-t-elle. Ils ont appris à délaisser leur côté macho pour se faire dire maintenant qu’ils ne sont pas assez virils. »
Samuel a éprouvé un malaise face aux femmes très tôt dans l’adolescence. « Pour un homme, estime-t-il, avoir un côté féminin développé est un vrai handicap quand il s’agit de séduire. »
Quand il drague, le séducteur-né va souvent réussir à choquer la bienséance sans tomber dans le mauvais goût, explique Geneviève Parent. Dès la première rencontre, il va glisser une allusion un peu osée, un regard plus appuyé. « Le bon gars, lui, ne fera jamais une chose pareille ! »
Au secondaire, l’humoriste Marc Boilard se faisait appeler le « confident de ces dames ». Eh oui, ce macho avoué et assumé traîne un lourd passé de « chic type » : élevé dans un milieu féminin, par sa mère et ses deux sœurs, il a, pendant une bonne partie de son adolescence, éprouvé de grandes difficultés à séduire. Mais tout a changé au cégep, quand il a décidé qu’il n’écouterait plus les histoires d’amour de ses consœurs.
« Je suis passé de la position du gars qui écoute les problèmes à celle du gars qui cause des problèmes, se souvient-il. Grâce à ce changement d’attitude, j’ai finalement pu conquérir des cœurs. »
Thérapie DE CHOC
Pour Sylvain Côté*, un photographe dans la quarantaine, la libération est venue un jour de pluie. Une averse le pousse dans une librairie, où il feuillette quelques livres avant de tomber en arrêt devant un titre : Trop gentil pour être heureux. Il dévore une page, puis une autre. C’est une révélation.
« A chaque phrase que je lisais, je recevais une claque au visage, raconte-t-il. Découvrir les causes de mon malheur a changé ma vie ! »
L’auteur de ce best-seller, le Dr Robert Glover, est thérapeute familial et conjugal près de Seattle, aux Etats-Unis. Ancien « chic type », ce gourou de l’émancipation masculine s’affiche volontiers comme le sauveur des trop gentils garçons… et de leurs petites amies.
« En près de 20 ans, lance-t-il, j’estime avoir aidé au moins 100 000 hommes et femmes grâce à mon livre, aux conférences que je donne aux quatre coins du globe et aux cours offerts sur mon site web. »
Sylvain Côté s’est tout de suite reconnu parmi les exemples que cite le Dr Glover. « Je savais que je n’étais pas heureux, et ce livre parlait de mon calvaire quotidien. » Emballé, il s’inscrit à un cours de huit semaines que le spécialiste offre sur Internet : leçons de drague.
Un des exercices recommande de se faire éconduire par une femme : la jolie caissière de la boutique dans laquelle il fait ses achats de Noël lui semble la candidate idéale. Quand elle lui demande son numéro de téléphone pour vérifier s’il est inscrit au registre de clients, le photographe répond du tac au tac : « Vous me demandez mon numéro parce que vous voulez me revoir ? » Certain qu’elle va l’envoyer promener, Sylvain est stupéfait d’entendre la jeune femme lui proposer : « Je termine à 17 heures. Si vous voulez, on peut aller prendre un café ? »
« Grâce au cours du Dr Glover, j’ai compris que je ne me ferais pas rejeter si j’abordais une femme avec assurance, constate Sylvain. À 40 ans, je crois enfin à mon pouvoir de séduction ! »
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