L’homme qui vient à ma consultation ce jour-là est dans la force de l’âge. Sur son visage, j’observe une légère éruption qui m’intrigue, d’autant plus qu’elle est plus forte sur son torse. Il ne se sent pas vraiment malade, mais je poursuis mon examen et je décèle une grosse tuméfaction glandulaire dans l’aine. Quand j’investigue :

— Que s’est-il passé ces dernières semaines ?

Il m’apprend :

— Je suis parti en voyage d’affaires. Un soir, après un dîner bien arrosé, des amis m’ont emmené dans un endroit réputé pour ses jeux sexuels non protégés.

Les résultats de son examen sanguin confirment ce que je craignais : mon patient a la syphilis.

La syphilis est provoquée par une bactérie. On peut la guérir avec des antibiotiques si on la détecte à un stade précoce. Mais il peut y avoir de sérieuses complications si on ne la soigne pas. Elle affecte d’abord la peau, puis le système nerveux. La population la plus sujette à la développer ? Les hommes de 35 à 44 ans, homosexuels ou bisexuels. Elle représente même 48% des maladies sexuellement transmissibles (MST) qui touchent cette tranche d’âge.

Les campagnes d’information sur le sujet ne manquent pas, les médias s’en font l’écho et pourtant, le nombre de MST répertoriées augmente encore chaque année. Chez les jeunes, mais aussi chez les adultes. J’ai souvent en consultation des enfants et leurs parents, mal à l’aise. Qu’est-ce que je constate ? Un grand manque de communication sur la prévention et sur la contamination.

« D’après ma fille, ses partenaires ont fait le test du sida et ils ne sont pas séropositifs. Alors, avec la pilule comme moyen de contraception, c’est bon, non ? » On me pose souvent cette question, c’est ce que pensent la plupart des parents, et aussi, leurs enfants. Mais c’est faux. Pour deux raisons.

Tout d’abord, un test HIV ne décèle rien, si la contamination est récente, car ce n’est que plusieurs mois après l’infection que l’analyse sanguine peut donner une réponse définitive. Donc, même un test négatif n’exclut pas que l’on n’ait pas contracté récemment le virus. Et cela n’écarte donc pas le risque de contaminer d’autres personnes.

Et puis à côté du sida si redouté, il y a bien d’autres MST tout aussi dangereuses. La pilule est un bon moyen de contraception, mais on ne s’immunise pas ainsi contre les MST !

Une mère m’appelle récemment : « Puis-je donner à ma fille, ma crème contre les champignons ? Elle a des sécrétions vaginales blanches, elles ont l’air inoffensif. » Ce n’est pas simple d’expliquer à la maman qu’il pourrait s’agir d’une MST et que sa fille devrait se faire examiner avant de commencer n’importe quel traitement. Je suspecte directement la chlamydiose, qui est très fréquente chez les adolescentes. De plus, si sa fille vient en consultation, je pourrai lui expliquer comment se protéger des MST.

À nouveau, si on la détecte à temps, la chlamydiose est facile à soigner. On n’y fait pas beaucoup attention, pourtant, depuis quelques années, elle est de plus en plus fréquente. Chez les jeunes femmes de 15 à 24 ans, dans 35% des cas, il s’agit d’une infection due aux chlamydies. Le nombre de cas en Belgique est passé de 771 en 2001 à 2060 en 2006. C’est actuellement la MST la plus répandue.

Quels en sont les symptômes ? Des sécrétions blanches inoffensives, aussi bien chez les hommes que chez les femmes. Si on ne la traite pas, la maladie peut provoquer chez les femmes une inflammation des trompes utérines. Si celles-ci se bouchent définitivement, la femme devient stérile, car l’ovule ne peut plus passer de l’ovaire à l’utérus pour y être fécondé.

La blennorragie, due à une bactérie bien connue, provoque une inflammation de l’urètre ou du vagin. Les symptômes sont heureusement assez gênants — des douleurs lors de la miction — pour que le patient ne tarde pas à consulter, et la maladie se traite facilement aux antibiotiques.

Info ou intox ? On sait à présent que la pilule ne protège pas des MST. Mais il y a d’autres fables qui ont la vie dure. Un père se présente un jour à ma consultation et me dit que son fils ne court aucun risque tant qu’il se limite à « jouer » et qu’il se retire à temps. Je dois le décevoir, car le coït interrompu, bien connu de nos grands-mères, ne protège en rien. Même si l’homme se retire avant d’éjaculer, les sécrétions peuvent être porteuses d’agents pathogènes. Et puis, cette « technique » n’est pas la panacée, ne serait-ce qu’en regard de la retenue dont l’homme doit faire preuve.

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