Qu’est-ce qui nous fait grossir et maigrir ?
Comme il le dit lui-même, Steven Blair est « un petit gros au crâne dégarni », même si, à 90 kg pour 1,65 m, il est peut-être en meilleure santé que beaucoup d’hommes grands et minces. Professeur en épidémiologie de l’obésité à l’université de la Caroline du Sud, Steven court 40 km par semaine, mange de six à huit portions de fruits et légumes par jour et évite les nourritures grasses et les plats préparés. Bref, la vie est injuste, et il en est un parfait exemple. Petite consolation, grâce aux dernières avancées de la science, Steven commence à comprendre pourquoi il ne parvient pas à perdre ses kilos en surplus.
Il est maintenant reconnu que les gènes, les déséquilibres hormonaux et même le stress jouent un rôle dans l’excès de poids. Contrairement à la croyance populaire, vous n’allez pas nécessairement maigrir en vous efforçant de manger moins et de faire davantage d’exercice. « Quand on voit un obèse, on suppose que c’est un paresseux, un adepte du moindre effort, dit Steven Blair. Ce n’est pas toujours le cas, loin de là. »
Une étude approfondie des nouvel-les recherches, accompagnée d’interviews avec les plus grands spécialistes et de témoignages de nombreux hommes et femmes en lutte perpétuelle contre les kilos, nous a permis de faire le point. Voici les théories les plus récentes sur les rapports souvent surprenants entre nature et nourriture :
1 C’est parfois vraiment génétique
Les chercheurs ont d’abord trouvé le gène chez des souris bien dodues et l’ont cavalièrement baptisé fatso (gros lard). Quand ils ont découvert, des années plus tard, que ce gène existait aussi chez l’homme et augmentait sa vulnérabilité au diabète de type 2, ils l’ont rebaptisé plus poliment FTO. Présent en deux copies, il accroît de 40 pour cent le risque de diabète et de 60 pour cent le risque d’obésité. Même une seule copie du gène influe sur le poids.
On soupçonne maintenant qu’il n’est pas le seul gène à augmenter notre tour de taille. « Il pourrait en exister jusqu’à une centaine, dit Claude Bouchard, directeur du centre de recherche biomédicale Pennington de l’université d’Etat de la Louisiane. Chacun peut vous ajouter une livre ou deux ici et là, une quantité supplémentaire de gras à brûler qui n’est pas négligeable. »
La moitié d’entre nous possède une copie du FTO, et environ 16 pour cent des gens en ont deux. Et l’on croit qu’il est de loin le gène plus susceptible de favoriser l’obésité.
Mais « une prédisposition génétique n’est pas forcément une condamnation à vie », dit Claude Bouchard. Faire régulièrement de l’exercice peut contrebalancer le risque.
2 Des cellules adipeuses inégalement distribuées
L’écart est énorme et, d’une personne à l’autre, le nombre de cellules adipeuses peut varier du simple au double, explique Kirsty Spalding, de l’institut Karolinska de Stockholm. De plus, même si vous perdez quelques livres, votre compte de cellules ne bouge pas. Pire, elles s’accrochent désespérément au gras qui leur reste et tentent à tout prix de regagner celui qu’elles ont perdu. Et, pour couronner le tout, les cellules graisseuses des gens obèses ou en surpoids contiennent aussi davantage de gras.
De nouvelles cellules adipeuses apparaissent durant l’enfance jusqu’au début de l’adolescence, et ceux d’entre nous destinés à en posséder un grand nombre commencent probablement à en produire dès l’âge de deux ans. Leur rythme de croissance est aussi plus élevé — même avec un régime strict.
Kirsty Spalding a reçu des lettres d’inconnus qui lui exprimaient à quel point les résultats de ses recherches les déprimaient. Mais, dit-elle, tout n’est pas si noir, et il est encore préférable d’avoir un surnombre de cellules adipeuses que des cellules en quanti-té plus réduite, mais distendues par le gras et de plus en plus grosses. (Des recherches récentes semblent indiquer que les risques de complications liés à l’obésité sont plus importants dans le dernier cas.)
En conséquence, même si vous devez vivre avec le nombre de cellules que le ciel vous a octroyées, vous pouvez travailler à les garder petites, comme il est expliqué ci-dessous.
3 On peut changer son métabolisme
Une autre étude scandinave a scruté ce qui se passe au niveau cellulaire quand une personne grossit. Professeure de nutrition à l’hôpital central de l’université d’Helsinki, Kirsi Pietiläinen a analysé des cas de vrais jumeaux dont l’un est gros et l’autre min- ce. Elle a découvert que les cellules adipeuses des plus lourds avaient subi des changements métaboliques et que leur capacité à brûler les gras en était d’autant diminuée. Il semble qu’un modeste gain de 5 kilos suffit à ralentir le métabolisme et à déclencher un cercle vicieux : plus vous prenez de poids, plus vous avez du mal à le perdre.
Comment briser ce cercle ?
« Mes recherches m’ont convaincue de la nécessité de faire de l’exercice, confie Kirsi Pietiläinen. Moi-même, jeune, j’étais très rondelette, mais j’ai un poids santé depuis que je cours régulièrement. »
4 Le stress fait engraisser
« Manger ses émotions » est un syndrome bien connu : des facteurs anxiogènes (votre compte bancaire, votre patron) vous poussent à grignoter barres de chocolat et autres hydrates de carbone qui calment momentanément les hormones du stress. Mais ces mêmes hormones encouragent votre organisme à se mettre aussitôt à stocker des gras.
À l’époque préhistorique, quand les périodes de famine ou la présence de fauves mettaient la survie de nos ancêtres en péril, la capacité d’engranger rapidement des réserves d’énergie était un avantage. Maintenant que nous vivons la plupart de nos épisodes de stress en position assise, les calories inutilisées s’accumulent vite.
Pour retrouver la ligne, en plus de faire de l’exercice, prenez le temps de diminuer votre niveau de stress, en suivant des cours de yoga, par exemple, ou tout simplement en relaxant en famille.
5 Enceinte, maman était trop… grosse
Si le tabac peut diminuer le poids d’un enfant à la naissance et l’alcool endommager son cerveau, qu’en est-il d’une mauvaise alimentation de la mère ? De plus en plus d’études tendent à prouver qu’une forte consommation de sucre et de gras — même avant la conception — a un effet nocif. Une étude du centre Pennington, réalisée sur des souris, a montré que les femelles en surpoids avaient davantage de glucose et d’acides gras dans leur liquide amniotique et que ces molécules diffusaient des protéines qui pouvaient perturber le métabolisme et le mécanisme régulateur de l’appétit dans le cerveau du fœtus.
Et ce qui est vrai des souris l’est souvent aussi des êtres humains. Des médecins de l’université de New York ont comparé les enfants de femmes obèses, nés avant que leurs mères ne subis-sent une gastroplastie par dérivation gastrique, avec leurs frères ou sœurs nés après l’opération. Ces derniers avaient deux fois moins de risques d’être obèses que leurs aînés, malgré un profil génétique similaire. Les chercheurs en ont déduit que la différence de poids était probablement attribuable au changement d’environnement dans l’utérus. Futures mamans, prenez note qu’une bonne alimentation avant la naissance peut donner une longueur d’avance à vos enfants.
6 Qui dort dîne
Selon des chercheurs de l’université de Chicago, le manque de sommeil déséquilibre notre système hormonal et provoque à la fois une diminution de la leptine, qui régule l’appétit, et une augmentation de la ghréline, qui le stimule. En conséquence, nous croyons, à tort, avoir faim et nous mangeons trop. Le sommeil est peut-être la manière la plus facile et la moins coûteuse de traiter l’obésité.
7 Maigrir est contagieux
Mort Dixon pesait 165 kilos, et sa femme, Jodi, qui surveillait son propre poids et faisait de l’exercice, le pressait d’en faire autant. Pourtant, quand il a perdu 57 kilos, elle n’était pas aussi contente qu’elle aurait dû l’être. « Depuis qu’il avait maigri, son charisme était décuplé, et tout le monde, hommes et femmes, gravitait autour de lui. J’étais jalouse, raconte cette mère de deux enfants, âgée de 43 ans. Du coup, j’ai pris 9 kilos avant de me décider à réagir. » Elle a fait du vélo avec Mort et s’est mise au régime. Elle a déjà perdu 14 kilos et n’a pas l’intention de s’arrêter là.
Jodi attribue aussi bien son gain que sa perte de poids à la jalousie, mais les recherches montrent que grossir, tout comme maigrir, est en fait contagieux. Selon une étude publiée dans le New England Journal of Medicine, si un des membres d’un couple est obèse, l’autre voit son risque de l’être aussi augmenter de 37 pour cent. Les chercheurs en concluent que l’excès de poids semble se propager comme une maladie à travers un cercle social.
Dans le cas des Dixon, l’épidémie s’était étendue à leur fille aînée : elle aussi souffrait d’embonpoint. Mais l’effort de ses parents a eu un effet d’entraînement, et elle a perdu 18 kilos.
8 Atchoum ! Le virus qui fait grossir
Les adénovirus sont responsables de multiples méfaits, des maladies respiratoires aux problèmes intestinaux. Des chercheurs de l’université du Wisconsin ont découvert qu’ils avaient aussi un lien avec le surpoids : certaines souches du virus faisaient grossir les poulets auxquels il avait été injecté.
Autre indice : les cellules souches, connues pour leurs capacités à se différencier en de multiples composants cellulaires, se transforment en cellules graisseuses si on les met en contact avec le virus. « L’adénovirus semble augmenter aussi bien le nombre que la teneur en gras des cellules adipeuses », dit Nikhil Dhurandhar, professeur au centre Pennington.
D’autres recherches — notamment sur les vrais jumeaux — indiquent que les personnes obèses sont plus susceptibles de posséder des anticorps contre un certain type de virus, l’adénovirus-36. Pourra-t-on un jour se faire vacciner contre l’obésité ? Cela paraît utopique. Mais, observe Nikhil Dhurandhar, « c’est ce qu’on disait autrefois à propos du cancer du col de l’utérus ».
9 La dépendance à la bouffe, ça existe réellement
C’est moins grave qu’une dépendance à la cocaïne ou à l’alcool, mais des chercheurs de Philadelphie ont trouvé des similarités étonnantes. Quand on fait défiler devant des volontaires les noms de leurs aliments préférés, on voit s’allumer dans leur cerveau les mêmes zones que chez les toxicomanes. Ce phénomène est peut-être relié à la dopamine, l’hormone du plaisir et du circuit de la récompense. Si les obèses ont moins de récepteurs de dopa-mine, ils ont besoin de davantage de nourriture pour éprouver une sensation agréable.
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